Histoire d’Achraf,
enfant cobaye, enfant martyr
Achraf DIWANE, né
le 13 juillet 1998, a reçu le vaccin antihaemophilus
début janvier 2000 et le vaccin contre l’Hépatite,
Engérix B, le 4 février 2000 dans un dispensaire de
Casablanca. Personne n’a informé les parents des risques
potentiels. Aucune raison particulière de le
vacciner
: sa mère n’était pas
porteuse du virus HB pendant sa grossesse, comme il a été
démontré par la suite. Cette vaccination entrait seulement dans
un programme de vaccination généralisée qui ne tenait pas
compte des réactions individuelles. Il n’a pas eu de problèmes
avec la vaccination antihaemophilus, mais celle par Engérix
B a eu des
suites catastrophiques. Aussitôt après l’injection, il
pleure et crie d’une façon anormale. Ne parvenant pas à
le calmer, ses parents, inquiets, décident, le 6 juillet
au matin, de le porter aux urgences du CHU de Casablanca.
Le médecin qui ce jour-là assurait la permanence refuse
de l’admettre, arguant que son état exige des soins
particuliers. Que faire ? Le 7, au petit matin,
Hasnaa, sa mère, retourne au CHU, obtient enfin que son
enfant soit pris en charge. Trop tard ! Achraf
respire à peine. Ses mains et ses bras ont commencé à
s’atrophier. Il ne peut plus proférer aucun son, même pas
des gémissements. Il sombre dans un long coma dont il
sortira tétraplégique trois mois plus tard. Les parents
d’Achraf ont alors déposé plainte contre X en juin 2000
près la Cour d’appel de Casablanca. La plainte a été
confiée au parquet du tribunal de première instance d’El
Fida Derb Soltane qui l’a transmise à son tour à la
police judiciaire du même arrondissement. Le procureur a
décidé, après quelques mois d’enquête, d’enclencher
l’action publique contre Ali Sedrati, représentant légal
du laboratoire SmithKline Beecham (SKB, aujourd’hui
Glaxo) et contre l’infirmière qui a administré le vaccin.
Les mis en examen sont poursuivis
pour imprudence, maladresse
et inattention sur la base de l’article 433 du
code pénal
. La procédure durera au total huit ans et
demi, en trois étapes : 1/ l’étape des expertises (2000-2005),
2/ celle des premières décisions de justice (2005), 3/ celle
des derniers recours
(2006-2009).
1/ Les
expertises (2000-2005) :
Il y a eu trois rapports
d’expertise : le premier laisse planer le doute. Le
deuxième, celui de l’Ordre des médecins, assure que
« les
effets secondaires, s’il y en a, (comme
paralysie,
névrite, symptôme de
Guillain-Barré) ne peuvent apparaître qu’après deux mois de
l’injection du
vaccin ». Le
syndrome de Guillain-Barré a en effet été diagnostiqué. Il
figure dans le Vidal comme un des effets indésirables liés à ce
vaccin. Le laboratoire SKB s’accroche à
cette seconde expertise. Le troisième rapport d’expertise,
réalisé par le professeur Saïd Louahlia, directeur de
l’Institut de médecine légale Ibn Rochd à Casablanca, établit
ensuite clairement la responsabilité du
vaccin : « On
apprend, par le dossier médical d’hospitalisation, que le début
de la symptomatologie remonte au 7 février 2000, trois jours
exactement après l’injection du vaccin. Les premiers signes
sont l’installation brutale d’un syndrome grippal avec
impossibilité de marcher, trouble de la déglutition et gêne
respiratoire. Il n’existe pas d’autre cause à la tétraplégie de
l’enfant. La chronologie des faits conduit à admettre le lien
de causalité direct, et non pas présumé, entre l’injection du
vaccin et la naissance de la maladie. Rien ne va à l’encontre
d’une encéphalopathie post-vaccinale. Il existe un lien de
causalité directe entre le vaccin et l’encéphalopathie du fait
des critères d’imputabilité ».
Autre nom indiqué sur le rapport : Pr A. Sadraoui.
2/ Les
premières décisions de
justice (2005) :
Le 3 octobre 2005,
une première audience a été reportée. Elle a lieu le 7
novembre. Le tribunal de première instance condamne le
laboratoire à payer 500 dirhams d’amende (environ 50
euros) pour coups et blessures involontaires causant une
incapacité de travail de 6 jours (article 433 du code
pénal) et 3 millions de dirhams de dommages-intérêts à la
famille (un peu moins de 300 000 euros). Le
laboratoire fait appel. L’appel est fixé au 23 janvier
2006. L’audience n’aura pas lieu. Elle est reportée au 20
mars, puis au 17 avril, puis au 15 mai. Pendant 5 mois le
laboratoire organise sa défense. L’épisode le plus connu
est celui du « conclave »
des pédiatres qui se tient à l’hôtel Royal Mansour Méridien de
Casablanca les 6,7 et 8 janvier 2006, quinze jours avant
l’appel du 23 janvier, répétition exacte de ce qui avait été
fait en France à l’hôpital Bichat en septembre 2003, juste
avant une réunion décisive de la Cour de
cassation. Il s’agit de
démontrer que la vaccination contre l’hépatite B ne peut
en aucun cas être responsable de la maladie d’Achraf. Il
est le centre des débats. Est venue à ce
« conclave » le professeur Claire-Anne
Siegrist qui enseigne la vaccinologie à l’échelle
européenne, est consultante auprès de l’OMS et connue
pour ses liens avec la Fondation Mérieux et avec la firme
lyonnaise du même nom : conflit d’intérêt majeur avec un
fabricant de vaccins. Est venu aussi le docteur Emmanuel
Grimpel qui a été expert auprès de l’AFSSAPS, a fait
partie de groupes de travail sur les médicaments
anti-infectieux et a été expert dans la commission
d’AMM : il ne déclarait pas ses liens
d’intérêt. Enfin se trouvait, auprès de Mme Siegrist, le
docteur Dominique Gendrel qui est beaucoup intervenu en
Afrique noire. Ce conclave conclut à l’innocuité du
vaccin. Le docteur Jamil Driss, président de
l’association SOS-hépatites-Maroc
se félicite : il faut en effet vacciner contre un
« péril mondial » qui touche aussi le Maroc où,
écrit-il, « 200.000 à 300 000 personnes sont
atteintes d’hépatites B et C , soit 1,7 à 2% de
la
population
marocaine ».
Le docteur Jamil Driss parle
globalement des hépatites B et C, mais ne précise pas combien
d’hépatites B ni combien d’hépatites C. Soucieux de venir en
aide aux malades qui ont contracté l’une ou l’autre, il
recueille des fonds pour les secourir. Il ne semble pas que ces
fonds secourent aussi les victimes du
vaccin.
Pendant que
s’organise la défense des laboratoires, celle de l’enfant
s’organise aussi comme elle peut. La famille est soutenue par
deux avocats : maîtres Kahlaoui et Alouaziri. Elle
alerte des associations, alerte la presse marocaine qui publie
des informations, montre des photographies de l’enfant. Au
Maroc l’opinion s’émeut et comprend mal que le laboratoire
s’acharne à nier l’évidence de sa responsabilité. L’AMDH
(Association Marocaine des Droits de l’Homme) entre en
action : pour elle, « le
premier des droits de l’homme est le droit des
victimes ». L’affaire
commence à déborder les frontières. Des victimes
françaises de cette vaccination viennent témoigner.
L’AFSSAPS est avertie,
mais ne bouge pas, sans doute contrariée que cette
affaire tombe dans le moment même où elle vient de
décider de vacciner tous les bébés et d’assurer que ce
vaccin est inoffensif pour les petits
« qui, d’après elle, n’ont
jamais déclaré d’affection démyélinisante
avant l’âge de 24 mois », sous prétexte qu’à cet âge ils
n’auraient pas encore de myéline
. En revanche,quelques médecins
interviennent : au Maroc, le médecin traitant, le
docteur Hamid Aroub assure, preuves à l’appui que les effets
indésirables peuvent intervenir une heure, une semaine, après
administration du vaccin. De France, le
docteur Dominique Le
Houézec, pédiatre et
médecin conseil de l’association REVAHB
, intervient : « Je
sais,
écrit-il, que
le lobby de l’industrie pharmaceutique mène actuellement au
Maroc une pression médiatique sur la gravité de la maladie
hépatite B et les bienfaits de cette vaccination. Cette
campagne se fait sous le couvert d’associations telles que SOS
hépatites dont le but est de combattre toutes les hépatites
virales. Malheureusement ce type d’association n’est évidemment
pas neutre Elle est sous influence de financements notables de
l’industrie pharmaceutique. Il suffit pour cela de se rendre
sur son sitepour voir qu’elle affiche clairement la liste
de ses nombreux « partenaires
». Il ajoute que la justice française s’est déjà prononcée en
faveur d’un confrère pédiatre atteint de ce syndrome de
Guillain-Barré à la suite d’une vaccination obligatoire contre
l’hépatite B. Enfin il fournit toute une liste de publications
internationales réalisées aux USA, en Chine et en France qui
prouvent que l’accident peut se produire très tôt après la
vaccination. Il conclut : « Le
laboratoire producteur du vaccin Engérix B reconnaît lui-même
dans sa fiche du dictionnaire VIDAL la possibilité de survenue
de ce syndrome dans la liste des effets indésirables
potentiels. Il est donc juste que ce laboratoire participe à
l’indemnisation de ce jeune garçon handicapé à vie et permette
d’aider ses parents à lui assurer une survie
décente ».
3/ Les recours
(2006-2009) :
La Cour
d’appel de Casablanca confirme le 29 mai 2006 la condamnation
rendue en première instance le 7 novembre
2005 : aucune charge retenue contre Saadia
Dbaghi, l’infirmière qui a administré le vaccin, mais
indemnisation par SKB de 3 millions de dirhams. Elle conclut à
l’existence d’un lien de causalité direct entre
l’administration de l’Engérix B et la paralysie, ce qui
constitue une jurisprudence beaucoup plus importante que celle
établie en première instance. Inquiétude chez les dirigeants de
SKB : « Ce
jugement risque de faire date et jurisprudence », s’alarme Ali Sédrati. Il décide de
se pourvoir devant la Cour suprême qui sera le dernier recours.
La Cour suprême, contrairement aux espoirs d’Ali Sédrati,
décide le 3 mars 2009 de revoir à la hausse l’indemnisation
déjà acquise. Elle la porte à 5 millions de dirhams (soit
environ 450.000 Euros).
Achraf Diwane
n’est pas le seul enfant rendu infirme au Maroc par la
vaccination hépatite B : on pourrait aussi écrire l’histoire de
la petite Nada Zouiri.
Lucienne
Foucras
Auteure
du Dossier Noir du vaccin contre l’hépatite
B, éd. du Rocher 2004,
épuisé et réédité, actualisé, sous le
titre Le Nouveau Dossier Noir du Vaccin contre
l’Hépatite B, éd.
Marco Pietteur 2009, avril
2009.
On peut trouver toutes les
informations sur le site du
REVAHB :
http://www.revahb.fr
Achraf avant la
vaccination

Achraf
maintenant

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